Tale of Tales (Matteo Garrone), Italie-France-UK, 2015

Le réalisateur de Gomorra se penche sur un recueil de contes italiens, le pantamerone, dont les frères Grimm se seraient inspirés. Il en tire une histoire en trois parties qui s'entremêlent artificiellement, mais de manière assez fluide. Un couple royal (Salma Hayek et John C. Reilly) qui en appellent à la sorcellerie et à un cœur de monstre marin pour avoir un enfant; un roi (Toby Jones) un peu givré qui apprivoise une puce et laisse malgré lui sa fille en mariage à un ogre; un roi (Vincent Cassel) qui tombe amoureux d'une voix et qui veut la séduire à tout prix, sans savoir qu'il s'agit d'une vieille femme.

Des histoires assez surnaturelles autant dans leur contenu que dans leur traitement (la photographie est absolument magnifique, le production design également), Tale of Tales plonge dans des histoires extrêmement anciennes pour en tirer un matériau onirique et pour certaines parties très contemporaines. L'obsession de l'apparence dans le segment Cassel, la place des femmes et le droit à l'autonomie dans le segment Jones. Au delà des grands noms qui survolent le casting, quelques nouveaux venus qui sont largement à la hauteur de leurs aînés et qu'il faudra certainement garder à l’œil. Les jumeaux Christian et Jonah Lees, dans les rôles du fils de la reine et de son jumeau dans le segment Hayek; Bebe Cave dans le rôle de la princesse dans le segment Jones, qui crée une belle évolution d'une princesse timide à une reine fière, en passant par une victime de l'ogre qui se rebelle en mode Kill Bill.

Un film à la fois beau, profond et sanglant qui rappelle qu'avant Walt Disney, les contes étaient un matériau très dur, voire très sombre.

Crumbs (Miguel LLansò), Espagne-Ethiopie-Finlande 2015

Curiosité réalisée par un espagnol ayant vécu longtemps en Éthiopie, tournée en Éthiopie, avec des acteurs éthiopiens, en éthiopien, Crumbs est un film qui a divisé le public. Gagnant du prix Imaging the Future pour le meilleur production design, récompensant le travail visuel comme soutien à l'histoire et au propos du film, Crumbs est un film poétique, une quête d'identité dans un monde dévasté, qui recherche le sens dans des artefacts de consommation courante d'avant l'apocalypse, devenus des objets mystiques.

Pourtant, à trop chercher l'onirisme, la quête de sens, Llansò finit par perdre son public dans des considérations mystiques et parfois franchement absconses. Les deux héros vivent dans un bowling désaffecté, dont les pistes se remettent en fonction par moments, leur permettant de parler au Père Noël noir qui se cache à l'autre bout (à la fois des pistes de bowling et de la quête du héros). Une fusée en forme de bras (!?) qui sert de promesse de départ vers une autre planète à des personnages secondaires sans lien avec les deux protagonistes...

Bref, un très bel objet, avec en effet une production design en cohérence absolue avec l'univers du film, mais un film lent, complexe voir tordu qui perd ses spectateurs en route.

La Isla Minima (Alberto Rodriguez), Espagne, 2014

A la sortie du franquisme, un duo de policiers (que tout oppose, *tadaaa*) enquête sur des meurtres sordides dans l’Andalousie des années 80. Visuellement léché, avec une influence certaine (mais fictive, puisque les deux projets sont parfaitement contemporains) de True Detective : plans aériens hyper géométriques, musique hypnotisante, longs plans contemplatifs, héros aux faux airs de Matthew McConaughey (heureusement sans les tirades philosophiques péteuses), le film reste très classique dans son déroulement et ses enjeux.

Malgré cela, La Islá Minima est très efficace, le duo d'acteurs fonctionne à merveille et l'ambiance post-franquisme crasseuse du sud de l’Espagne donne une ambiance assez intéressante, même si on trouve là-aussi des similitudes avec True Detective et ses marais boueux...

Razorback (Russell Mulcahy), Australia, 1984

Dans une Australie du fond du bush, une famille se fait agresser par un sanglier géant tueur. Personne ne croit le grand-père du petit garçon mort, qui sera malgré tout acquitté par manque de preuves, mais mis au ban et n'aura de cesse de traquer et tuer cette bête infâme. Quand une journaliste new-yorkaise vient enquêter sur le braconnage d'animaux sauvages dans la campagne australienne, elle sera la prochaine victime, après avoir été agressée par deux braconniers locaux. Son mari viendra enquêter sur sa disparition et s'alliera au grand-père précédemment cité et à une fermière dans sa quête.

Derrière ce synopsis de film d'exploitation se cache un petit bijou inconnu. Réalisé par Russel Mulcahy, plus connu pour son travail sur Highlander et Resident Evil, Razorback est un film écologiste violent est tendu, la nature se vengeant à travers ce sanglier de l’utilisation abusive des ressources. Dans une ambiance plus proche de mad max que d'un film naturaliste, on est pris dès le départ dans une tension face à un monstre plus suggéré que montré, ce qui évite le ridicule qu'aurait pu susciter le pitch dans d'autres mains.