The Falling (Carol Morley), UK, 2014

Dans un pensionnat de jeunes filles autoritaire, une mystérieuse maladie touche une élève, jusqu'à la tuer, et finit par se répandre à ses camarades. Confrontant l'adolescence et ses émois à la rigidité du cadre d'un pensionnat de jeunes filles, Carol Morley signe un très beau film contemplatif sur la folie (et ses enjeux sécuritaires), la liberté et l'amour au sens large. La maladie qui touche ces jeunes filles est constamment remise en question, ou ignorée, par les adultes, qui n'y voient que provocation et effet de groupe, jusqu'à nous poser la question à nous, spectateurs. Qui doit-on croire, quelle place laisse-t-on à la maladie mentale, à la folie, ou plus largement à la liberté et la différence dans notre société?

Malheureusement, malgré ce bon point de départ et un excellent casting, le film peine à convaincre, la faute à certaines incohérences et à des relations pas toujours crédibles entre ses personnages.

Men & Chicken (Anders Thomas Jensen) Danemark-Allemagne, 2015

Gros coup de cœur de cette édition que cette comédie absurde danoise, par l'équipe de Adam's Apple. On y retrouve la même équipe d'acteurs qu'à l'époque, Mads Mikkelsen, Søren Malling (que reconnaitront peut-être, mais probablement pas, les fans de Borgen et The Killing) et d'autres acteurs tout aussi méconnaissables, et qui ont également une belle carrière au danemark, dans les diverses séries d'excellente qualité qui y sont produites.

A la mort de leur père, deux frères découvrent que celui-ci ne l'est pas, tout comme leur mère qui n'est en fait même pas la même pour les deux. Partant à la recherche de leur vrai père, ils se découvriront d'autres demi-frères, mais découvriront surtout l'affreuse vérité sur leur père et sur leurs origines. Alors qu'un des deux frères, le malin de la bande, essaye d'éduquer cette fratrie de sauvages et de les ramener à la société, les évènements se précipiteront jusqu'à la découverte finale, affreuse.

Cinq gueules cassées, un humour noir, souvent bas de plafond mais extrêmement jouissif, les coups pleuvent, qu'il s'agisse de planches de bois ou d'animaux empaillés. L'humour est extrêmement bien construit, ne se contentant pas d'une succession de gags mais profitant des plans de transition pour glisser une image qui nous amène, avec les deux frères, à plonger un peu plus dans la folie de ce père scientifique fou et de ses expérimentations animales. Les acteurs sont tous méconnaissables, tordus qu'ils sont par des becs de lièvre et des nez déformés (tellement réussis que le présentateur du film les a présentés comme de réelles gueules cassées!), des caractères bien distincts qui trouveront leur explication (horrible, évidemment) à la fin du film. Profondément absurde, mais servie par une mise en scène aux petits oignons, une excellente bande son (Frans Bak, déjà responsable du score de The Killing..), une production design brillante. Le film a été justement récompensé par le Méliès d'argent du meilleur film européen (sélection pour le Méliès d'or).

Kiss Me Deadly (Robert Aldrich), USA, 1955

Présenté par Michaël Moorcock (Elric de Melniboné) dans le cadre de sa carte blanche, Kiss Me Deadly fait en quelque sorte écho à la présence de Chris Carter au NIFFF. Dans sa présentation, Moorcock mentionne que ce film est un sujet de débat avec sa femme, lui le considérant comme un film de SF, mais pas sa femme. Cette phrase résume à mon sens bien ce qui fait l'intérêt de ce film. Film noir, polar paranoïaque, film d'espionnage et une touche de SF qui ponctue le film, sans jamais rien montrer. Est-on dans la science-fiction, ou y a-t-il une explication rationnelle? Mike Hammer, détective privé, recueille une jeune femme sur le bord de la route, échappée d'un asile de fous où elle aurait été enfermée parce que "en sachant trop".

Partant de là, le film sombre rapidement dans la paranoïa, personne n'étant plus digne de confiance, et certainement pas les officiels et le gouvernement. Tournant autour d'une mystérieuse valise au contenu secret (qui inspirera la valise de Pulp Fiction), le film sombre de manière magistrale dans la paranoïa et une science-fiction sans réels éléments surnaturels, sans effets spéciaux, mais avec la conviction que l'on ne sait pas tout, que l'"on" nous ment, et que, pour retomber sur mes pattes, "la vérité est ailleurs".

Green Room (Jeremy Saulnier), USA, 2015

Deuxième gros coup de coeur, qui a, de manière très méritée raflé à peu près tout ce qu'il pouvait rafler (compétition internationale, prix du public et prix de la jeunesse du lycée Denis-De-Rougemont), un uppercut hyper violent qui voit se confronter des jeunes nihilistes avec un groupe extrémiste.

Après un concert raté dans un bar miteux, un groupe de punk trouve une date dans une soirée douteuse qui devrait lui permettre de payer l'essence pour rentrer chez eux. Arrivés sur place, ils se rendent compte qu'ils se trouvent dans une soirée néo-nazie, et après leur concert, ils se retrouvent coincés sur place après avoir découvert un meurtre. Coincés dans les loges (la green room du titre), ils essaient de s'échapper mais se confrontent à la violence extrême du groupe néo-nazi, dirigé par un Patrick Stewart glaçant. S'ensuit un survival tendu et violent qui ne laisse absolument aucun répit, au nihilisme terrifiant.

Au delà de ses qualités intrinsèques de mise en scène, de jeu d'acteurs et d'écriture, le film marque surtout par la qualité de l'univers créé. Contrairement à un deathgasm qui traitait le black metal un peu par dessus la jambe, les deux univers punk et néo-nazis sont recréés de manière extrêmement crédibles et loin des clichés. Que ce soit dans les éléments très visibles, comme le coup de gueule nihiliste que représente le fait d'ouvrir leur concert sur une reprise du Nazi Punks Fuck Off des dead kennedys (et la conclusion "thank you, this was a cover") que dans les éléments plus discrets comme les stickers sur le bus, le style des membres du groupe, le traitement visuel du concert. Concernant les néo-nazis, je connais moins leur monde, mais les références utilisées sont largement plus subtiles que des t-shirts à swastikas et des skins en boots à lacets blancs et bretelles, démontrant la variété et la discrétion de néo-nazis qui ne sont pas juste des épouvantails et pourraient au contraire être le vieux voisin si poli. Tout cela donne une crédibilité de fond à ce film et une profondeur aux personnages qui fait trop souvent défaut à ce genre de film.

Jérémy Saulnier est assurément un réalisateur à suivre et son annonce lors de la remise de son prix qu'il allait remettre la moitié de l'argent reçu au Southern Poverty Law Center, qui lutte contre les groupes d'extrême droite est tout à fait à son honneur et cohérent avec le propos de son film.

Pos Eso (Sam), Espagne, 2014

Bel objet cinématographique un peu bizarre, Pos Eso raconte l'histoire du fils d'une danseuse de flamenco et d'un toréador, les deux des stars dans leur domaine. Malheureusement, ce fils n'est pas le petit ange qu'ils auraient rêvé, mais au contraire une réincarnation du diable. Piochant autant dans les références horrifiques (L'exorciste, La malédiction) que dans les références espagnoles (la danseuse lutte contre le diable avec le duende, référence à cette ambiance si particulière entre les danseurs de flamenco et leur public), Pos Eso réussit avec humour une fusion de deux mondes qui n'ont à priori rien en commun. Malheureusement, au delà de l'aspect référentiel, de la qualité de l'animation et de l'humour bien grinçant, le film peine à convaincre sur la durée.