Der Polder (Julian M. Grünthal & Samuel Schwarz) Suisse-Allemagne, 2015

Belle surprise que cet ambitieux film suisse de science-fiction, issu d'un projet trans-média (film et jeu vidéo). Suite à la mort du développeur d'un jeu vidéo de réalité augmentée sa veuve réalise que ce jeu peut entraîner la mort de ses participants.

Jouant en permanence (et malheureusement un peu jusqu'à l'excès) sur les limites entre réalité et fiction, entre réel et virtuel, les deux réalisateurs nous proposent une belle fresque à l'esthétique jeu vidéo, créant des ponts entre les deux mondes. Quand est-on dans le cinéma, quand est-on dans le jeu vidéo? Il faudra attendre la fin du film, malheureusement un peu alambiquée pour le savoir. Un projet ambitieux, pas exempt de défauts, mais un duo de réals à surveiller.

Gaz de France (Benoît Forgeard), France, 2015

Le président Bird, joué par Philippe Katerine, au plus bas de sa popularité, fait appel à un panel de citoyens représentatifs de la population pour essayer de redorer son blason. Durant cette réunion secrète qui s'enfoncera littéralement dans les tréfonds de l'Elysée, étage après étage, les cerveaux sélectionnés vont chercher des solutions aux problèmes du président, mais aussi à leurs mauvais choix de vie, alors qu'à la surface, l'Elysée sera envahi par des manifestants hostiles au président, poussant ce dernier à déclarer la guerre aux banques.

Présenté comme une satire absurde et poétique, Gaz de France est en fait terriblement plat, les quelques éléments vaguement poétiques ayant tous une explication tout à fait standard, ne décollant jamais vers l'onirique. Les intrigants hommes à tête d'oiseaux que l'on voit sur les photos de presse ne sont en fait que des manifestants portant des masques. Et tout le film est de cet acabit, faisant un parallèle involontaire avec cette politique française qu'il cherche à moquer. De belles promesses, des beaux discours, une jolie façade, mais au final, peu de résultats et un arrière-goût amer, comme une impression de s'être fait rouler sur la marchandise.

Mais peut-être que c'était justement ça le propos du film et qu'en fait Benoît Forgeard est un génie?

True Love Ways (2015), Allemagne-Suisse, Mathieu Seiler

Il est comme ça des films dont on sort en colère. Pas parce que le film nous aurait ouvert les yeux sur une réalité scandaleuse, ou parce qu'il nous aurait fait vivre des émotions primales. Non, juste parce que le film est mauvais et révoltant. True Love Ways est de ceux-là. Sous un vernis très travaillé, une photographie aux petits oignons se cache un film qui non seulement utilise à tour de bras les codes du slasher (scare shots, héroïne complètement idiote qui court en jupe dans la forêt, j'en passe et des pires), mais les utilise mal et fait preuve d'une vision du monde absolument débectante.

Je m'explique. Séverine, appelons-la Sheryll, est une jeune fille en couple avec Tom, appelons-le Brad. Sheryll fait régulièrement un même rêve, dans lequel elle embrasse un éphèbe brun, dont elle se réveille amoureuse. Sheryll décide de partir seule quelque jours pour faire le point sur son couple. Pendant ce temps, Brad se pinte dans un bistrot quand un type lui explique que pour la reconquérir il doit se présenter comme son sauveur, son "Tarzan". Il lui propose donc de la kidnapper pour qu'il puisse la sauver. Premier problème, évidemment, puisque la chose n'est absolument pas problématisée et présentée comme tout à fait normale. Terroriser sa petite amie pour la séduire, du Pick-up Artist de toute belle classe... Lovemilla présentait une problématique un peu similaire (je dois être un homme solide, donc musclé, donc je m'achète des exo-muscles), mais avait la décence de le problématiser un tout petit peu, de nous laisser imaginer que peut-être la vérité était ailleurs.

S'ensuit des enquillages de clichés navrants, le monsieur en question étant un producteur de snuff movies (cette réalité nous est présentée comme une révélation à 5 minutes de la fin du film, mais autant dire que c'est pas une surprise), l'héroïne étant une grosse truffe qui s'enfuit de la maison des méchants pour y rentrer par l'autre côté, plein de scare shots absolument prévisibles (j'ouvre la porte de la voiture, je la referme, le méchant est là, ouh).

Au delà de cet aspect de slasher de bas étage qui est en soi un défaut rédhibitoire, le gros problème du film réside dans sa vision du monde. L'héroïne, qu'on nous présente comme le personnage principal du film n'est qu'un prétexte, une jolie lampe qu'on ballade d'un point à l'autre, qu'on déshabille. Un autre perso féminin n'est là que pour être violée sous tous les angles. La jeune fille finit par se révolter et attaquer ses agresseurs à la hache, mais c'est quand même toujours des hommes qui viennent la sauver.

Et surtout, surtout le final absolument débectant ou après avoir rencontré l'homme de ses rêves (littéralement), qui la sauve et dont elle tombe amoureuse (oh, James..), elle recommence à faire des rêves comme au début du film, mais avec... je vous le donne émile, le producteur de film, le grand méchant...

Le fantasme macho absolu de la femme qui rêve d'être violée et qui transforme le stress post traumatique en rêve mouillé. Débectant, je vous dit.