Lemon Popsicle (Boaz Davidson), Israël, 1978

Trois amis préparent leur été à Tel-Aviv entre fin de l'école, fêtes et amours adolescentes. Le film a eu un énorme succès en Israël et a permis à ses producteurs, Menahem Golam et Yoram Globus d'amasser suffisamment d'argent pour partir s'installer aux US et fonder Cannon Group, qui aura le succès que l'on sait dans le cinéma bis (il met les pieds ou il veut, Little John...).

Au delà de cet aspect historique, il faut bien dire que cet eskimo citron n'a pas un énorme intérêt. Scénario ultra-linéaire, utilisation abusive (mais relativement à propos) de soul et rock'n'roll mielleux, concours de bites (littéralement) un peu longuet, rythme plutôt poussif.

Reste une fin étonnamment sombre qui vient contredire tout ce qui s'est mis en place auparavant dans le film et évite ainsi le happy end trop facile. Et la question de l'avortement y est posée de manière frontale (même si c'est fait sans autre enjeu narratif que de permettre au personnage principal de "conquérir" l'amour de la demoiselle) ce qui n'a pas du forcément être du goût de tout le monde à l'époque.

Lovemilla (Teemu Nikki), Finlande, 2015

Tiré d'une web-série à succès, Lovemilla joue sur le levier aujourd'hui assez courant du mélange comédie romantique / Science-Fiction. Les deux protagonistes, deux jeunes adultes un peu loosers vivent tant bien que mal leur vie de couple, entre ses parents à elles qui sont des zombies, et leurs amis super-héros. Croyant pouvoir ainsi s'assurer l'amour de sa copine Milla, Aimo se fait poser un exo-squelette, ce qui lui posera des problèmes concrets (comment fait-on l'amour avec un exo-squelette?), mais l'amènera finalement à perdre son cœur.

Prenant très au sérieux la comédie, Teemu Nikki ne tombe jamais dans la parodie (ou presque jamais), ce qui est tout à son honneur. Rendant hommage aux films de super-héros, de robots, de zombies, de monstres avec un appétit gargantuesque, Lovemilla risque l'indigestion à plusieurs reprises, mais réussi à l'éviter et à garder son cap.  D'un rythme enlevé, Lovemilla est un film de festival de qualité, posant même, de manière certes un peu naïve, des questions finalement assez intéressantes. Reste un final qui, s'il est amusant, est un peu facile et décevant.

Bridgend (Jeppe Rønde), Danemark-UK, 2015

Dans un village de Galles de Sud, de nombreux suicides d'adolescents se succèdent, inexpliqués. C'est dans ce contexte que Sara revient dans le village qu'elle a quitté enfant avec son père policier. Elle va intégrer un groupe de jeunes, partager leurs fêtes, leurs tragédies, picoler, découvrir l'amour. Mais elle va aussi progressivement découvrir l'aspect sombre de ce groupe, et ces suicides qui déchirent le groupe et l'unissent à la fois.

Étonnamment, le film n'aborde que peu la question du malaise adolescent qui pourrait conduire au suicide, préférant aborder la question sous un angle onirique. Les adolescents se suicident parce que. Les parents mettent la faute sur Internet, sur les journaux, mais s'avèrent incapables d'enrayer la vague de suicides.

La scène finale, à ce titre là, est glaçante. Les adultes peuvent se résoudre à toutes sortes d'extrémités, ils ne comprennent pas où se situe le problème et sont incapables d'endiguer ces suicides. Cette scène caractérise bien l'aspect onirique du film. Rønde, bien qu'issu du monde documentaire et ayant passé du temps avec les vrais jeunes de Bridgend pour chercher à comprendre, ne cherche pas à expliquer, préférant poser un regard poétique, sans pour autant esthétiser le suicide.

Tout, dans le film, tourne autour de l'incapacité à communiquer. Les adultes sont incapables d'entrer en relations avec leurs enfants. Le prêtre essaye avec sincérité, mais reste dans une dimension religieuse totalement déconnectée de la vie des adolescents; le père de Sara ne communique que par la force et la contrainte; les autres parents sont littéralement absents (sauf lors des enterrements), laissant même les jeunes vivre une beuverie monumentale dans la pièce d'à côté. Les médias, eux, en parlent, mais ne cherchant que le sensationnalisme, l'image choc, sans non plus s'intéresser aux causes.

Mais même entre eux, les jeunes ne communiquent pas. Les suicides semblent répondre à une logique inéluctable, qui n'est jamais mise en mots. Entre eux, les jeunes ne parlent pas, ne communiquent que dans leurs jeux ordaliques, frôlant la mort, mais ne l'atteignant que par le suicide. Le "site internet" qui regroupe les jeunes, leur servant à la fois de chat room et de mur du souvenir semble receler un secret que découvrira Sara vers la fin du film, mais celui-ci n'est pas explicité, la seule chose que l'on comprendra est que ces suicides semblent inévitables. On ne quitte pas le village, on n'échappe pas à son destin. Il faut parler du suicide avec les jeunes, entre jeunes, et pourtant il est très difficile, voire impossible de le faire.

Formellement, ce qui ne gâche rien, Bridgend est esthétiquement extrêmement léché, avec une bande son absolument glaçante, composée par le français Mondkopf. Le visuel, très froid, très travaillé nous plonge dans ces espèces de transes collectives que vivent ces jeunes, que ce soit au lac qui semble leur servir de rite de passage, de lieu de communion ou dans ces moments de rage, lors des fêtes ou quand ils passent sur les lieux des suicides.

Salon Kitty (Tinto Brass), Italie, 1976

Retour à la catégorie guilty pleasures avec un film italien autour d'un bordel de luxe dans l'allemagne nazie. Perversions sexuelles, uniformes de SS, gros plans sur des sexes de toutes les couleurs et de tous les genres, on se croirait en plein dans la nazisploitation. Pourtant, Salon Kitty n'a fait que lancer la vague. On n'est pas ici dans un film d'exploitation à proprement parler, mais bien dans un film étonnamment beau, avec un propos politique sur le pouvoir et les perversions qu'il entraine. Le tout évidemment, car on est dans l'italie des 70's, enrobé de scènes sexuelles de tous ordres, de jolies femmes nues à foison, des hommes pas tous beaux, mais tout aussi nus, à foison. L'équilibre souvent bancal entre propos sérieux et voyeurisme totalement gratuit donne un objet filmique finalement assez intéressant. Bien moins difficile à supporter qu'un Salò ou les 120 jours de Sodome et moins putassier qu'Ilsa, louve des SS.