Self / Less (Tarsem Singh), USA, 2015

Je n'avais pas, à la base, prévu d'aller voir ce film, étant resté sur une très mauvaise impression de Tarsem Singh après The Cell, vu il y a très longtemps et trouvé très péteux et plutôt bancal. Après quelques discussions et dans l'idée de venir, pour une fois, suivre la cérémonie de clôture, j'ai décidé de laisser une chance à ce monsieur et de voir si Ryan Reynolds réitérait sa performance de The Voices. Le synopsis? Un vieux monsieur très riche (Ben Kingsley), sachant qu'il va mourir, profite d'une nouvelle technologie qui permet à des gens triés sur le volet de pouvoir transférer leur conscience dans un corps tout neuf, élevé en liberté au bon air de la campagne. Après le transfert, le vieux monsieur réalise gentiment (ou plutôt à la dure) qu'en fait son corps (Ryan Reynolds) appartenait à un gentil ex-marine qui avait donné son corps à la "science" pour soigner sa fille. S'ensuit de jolies scènes d'action, de jolis clichés de pseudo-SF, de jolies scènes de tendresse familiale et un final cul-cul la praline dégoulinant de bons sentiments que l'on voit arriver à 10km.

Le film est joliment réalisé, bénéficie d'un gros budget et de jolis effets spéciaux, mais on sent vraiment qu'il s'agit d'un travail de commande, sans personnalité, servant plus à payer les impôts de M. Singh qu'à partager ses rêves et sa vision du monde. Le temps passe agréablement, mais en sortant, on se demande un peu où sont passées nos deux dernières heures (oui, DTC, en l'occurrence...).

Je réessaierai à l'occasion de donner une chance à T. Singh, parce que je ne suis pas rancunier, mais ça sera pour réévaluer son premier film, et éventuellement, les suivants, pas pour suivre sa carrière future de yes man. Et pour répondre à ma question de début d'article, Ryan Reynolds a le charisme d'une planche à pain, ce qui correspond probablement à ce qu'on lui a demandé de jouer. Comme quoi, bien dirigé, ce monsieur est capable de merveilles.

Palmarès 2015 : 

Pas grand chose à redire sur le palmarès de cette année, du moins par rapport aux films que j'ai vus.

Green Room a largement mérité son prix de la compétition internationale, et était suffisamment jouissif pour que le public suive avec le prix du public (souvent des films un peu putassiers à mon goût, ce qui n'est pas le cas cette année).
Qui d'autre que les animaux de Men & Chicken pour participer au Méliès du meilleur film européen? Les autres films vus cette semaine étant relativement faibles, le prix est absolument indiscutable, ou presque.
Je ne peux pas me prononcer sur le prix de la critique internationale à The Invitation que je n'ai pas vu, mais dont j'ai entendu énormément de bien.
Concernant le prix du Production Design décerné entre autres par John Howe à Crumbs, je suis très partagé. Si d'un côté, je reconnais le travail visuel énorme fait sur ce film, savoir qu'il était en concurrence directe (John Howe l'a expliqué dans son discours) avec entre autre Bridgend, me fait un peu regretter que ce choix fasse repartir Bridgend les mains vides.
Je n'ai pas vu beaucoup de films de la compétition asiatique cette année, mais le choix (par le public?) de Full Strike me fait l'effet d'un choix un peu facile, sans grande prise de risque. Un film certes chouette, mais très classique.
Deux prix étaient décernés aux courts-métrages : le narcisse du meilleur court métrage et le prix Taurus à l'innovation. Le premier a été remis à Es war Finster und merkwürdig still, comme un encouragement à continuer le travail après la sortie de l'école, puisqu'il s'agissait d'un (excellent) travail de Bachelor. A ce titre, je n'ai rien à redire à ce choix, le film étant une jolie réussite, même si ce n'était pas un coup de cœur pour moi. Le prix Taurus à l'innovation a été remis à Parasit, une excellente histoire de vampire, très efficace, peu classique et au travail tant visuel que sonore léché.

Un gros regret par contre, comme je l'évoquais. Bridgend repart les mains aussi vides que le cerveau du scénariste de True L... bon, ok, j'arrête de parle de ce film, je pense que vous avez compris. Mais ne pas avoir trouvé une petite place pour cet excellent drame adolescent dans le palmarès me désole un peu.

Bilan personnel :

A un niveau personnel, ce fut un NIFFF de relative qualité, et de quantité. 27 longs-métrages, 15 courts, une conférence, 4 épisodes de séries, une cérémonie, quelques burgers, 1 hot dog, des hectolitres d'eau plus ou moins fraîche et 6 glaces. Je ne me suis pas amusé à calculer le temps passé en salle, ou le poids perdu en transpiration, mais il y aurait certainement des statistiques intéressantes (non) à faire (non plus).

Quelques claques, à savoir Bridgend, Men & Chicken, Green Room, que vous devez courir voir par tous les moyens que la technique met à votre disposition (c'est à dire au cinéma quand ils sortiront, bande de petits pirates).

Quelques agréables surprises, comme Kiss Me Deadly ou The Polder.

Quelques regrets, que je n'ai pas réussi à caser dans ma grille, mais que j'essaierai de caser dans des séances rattrapages : Scherzo Diabolico, Ava's Posession, Spring, The Invitation, Turbo Kid, Office, Nowhere Girl, Why Don't You Play In Hell, Excess Flesh, Liza The Fox Fairy, Slow West. En fait, je dois avoir merdé quelque chose dans mon programme, parce que j'ai loupé une grosse série de films que j'aurais volontiers vu, et j'ai vu beaucoup de films moyens. C'est les risques du métier, comme on dit.

Quelques regrets, que j'ai malheureusement casés dans ma grille (je vous cite de nouveau True Love Ways ou vous avez compris?).

Et surtout des notes dans mes tweets moulées à la louche d'un fromager bourré à l'absinthe. C'est à dire des notes que j'ai mise sur mes toilettes à 3h du matin avant d'aller dormir. Je mettrais peut-être des notes un tout petit peu différentes aujourd'hui. Mais je vais rester cohérent et m'accrocher à mes notes comme un paresseux à sa branche.

C'était Stavro Blofeld, cinéphile de carton pâte, en direct différé de Neuchâtel. À vous les studios.